Soutenance de Minmin Yang

19 June 2026 par Roland Trouville
Production of French stop-liquid clusters: Native speakers and Mandarin learners
La soutenance aura lieu le mercredi 24 juin 2026 à partir de 14h, à l’adresse suivante :
 
Salle Claude Simon, Maison de la Recherche 

Université Sorbonne Nouvelle

4 rue des Irlandais, 75005 Paris

 

Le jury sera composé de :
  • Mme Christine Meunier, DR-CNRS (Rapportrice)
  • M. Rudolph Sock, PR-Université de Strasbourg (Rapporteur)
  • Mme Anne Hermes, CR-HDR-CNRS (Examinatrice)
  • M. Pierre Hallé, DR Émérite-CNRS (Examinateur)
  • M. Rachid Ridouane, DR-CNRS (Directeur de thèse)

 

Production des groupes occlusive-liquide en français : Locuteurs natifs et apprenants sinophones
Cette thèse présente une analyse acoustique des groupes consonantiques occlusive-liquides (OL) du français dans deux positions syllabiques : attaque et coda. L’étude compare les productions de 10 locuteurs natifs à celles de 30 apprenants sinophones répartis en trois niveaux de compétence (M1, M2 et M3). Deux contextes prosodiques sont examinés : mots isolés et mots insérés dans une phrase porteuse. La recherche s’appuie sur une différence phonotactique fondamentale entre les deux langues : alors que le mandarin ne permet pas de groupes consonantiques en attaque et en coda, le français les autorise de manière productive. Cette divergence rend les groupes OL particulièrement pertinents pour étudier l’acquisition d’une autre langue et l’implémentation acoustique des clusters consonantiques. À partir d’un ensemble de mesures segmentales et suprasegmentales, incluant les patrons de modification des clusters, la fréquence et les propriétés acoustiques du schwa, les patrons de voisement consonantique, la durée du relâchement des occlusives, ainsi que les ajustements des voyelles adjacentes, cette thèse analyse à la fois les cibles de production des locuteurs natifs et les trajectoires d’apprentissage des apprenants.
Dans les deux contextes étudiés, l’output acoustique est fortement influencé par la position du cluster et le type de liquide : les codas subissent plus fréquemment des modifications que les attaques, tandis que les clusters contenant une rhotique apparaissent plus affectés que ceux avec une latérale. Le dévoisement et l’insertion de schwa constituent les principaux types de modification. En particulier, les séquences sourdes+rhotiques montrent un dévoisement quasi catégoriel de la rhotique, alors que les latérales présentent plus souvent un dévoisement partiel. Une asymétrie parallèle est observée pour le schwa : il est particulièrement fréquent dans les voisées+rhotiques, et relativement moins fréquent dans les clusters avec latérale. Les résultats sur le schwa étayent une analyse à double origine en français natif : entre consonnes, il a les caractéristiques d’un vocoïde transitionnel façonné par le contexte segmental, tandis qu’en position finale, il est lié à un conditionnement phonologique ou prosodique et augmente dans la phrase porteuse. Les apprenants s’écartent des natifs par une moindre stabilité laryngale et un schwa plus fréquent : ils insèrent davantage de schwa et maintiennent rarement un voisement continu sur les deux consonnes dans les groupes à occlusive voisée, avec des effets du voisement sur les voyelles adjacentes plus faibles, voire absents.
Globalement, les résultats suggèrent que de nombreuses pressions qui conditionnent la réalisation des groupes OL sont partagées entre natifs et apprenants, tandis que la variabilité persistante chez ces derniers reflète la difficulté d’acquérir la coordination temporelle et laryngée propre aux groupes consonantiques, sous l’effet des contraintes phonotactiques de la L1.
Mots-clés : Suites occlusive-liquide, acoustique, natifs français, apprenants chinois, onset-coda, stratégies de réparation, contraintes phonotactiques, schwa.
 
 
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Production of French stop-liquid clusters: Native speakers and Mandarin learners
This thesis provides an acoustic study of French stop-liquid (SL) clusters in onset and coda position, comparing 10 native French speakers with 30 Mandarin-speaking learners at three proficiency levels (M1, M2, and M3), and testing two prosodic contexts: words in isolation vs. words within a carrier sentence. The study is motivated by a major phonotactic mismatch: Mandarin lacks complex consonant clusters in both onsets and codas, whereas French productively licenses them, making SL clusters a particularly informative case for L2 acquisition and phonetic implementation. Using a set of segmental and suprasegmental measures – cluster modification patterns (including devoicing and schwa-like vocoids), schwa frequency and acoustic properties (duration and formants), consonantal voicing ratios, stop release duration proportion, and vowel adjustments adjacent to clusters (preceding-vowel duration in codas; vowel onset F0 after onsets) – the thesis characterizes both native targets and learner trajectories.
Across contexts, cluster position and liquid type robustly conditioned production: codas were more often modified than onsets, and rhotic clusters were patterned as more “difficult” than lateral clusters. Devoicing and schwa insertion emerged as the principal modification types. In particular, voiceless stop+rhotic sequences showed consistent, near-categorical devoicing of the rhotic, whereas laterals in comparable contexts were more likely to exhibit only partial devoicing. A parallel asymmetry emerged for schwa: schwa-like vocoids were especially frequent in voiced stop+rhotic clusters and were comparatively less frequent in lateral clusters. Schwa results support a dual-source account in native speech: cluster-internal schwa behaves like a transitional vocoid shaped by segmental context (including liquid-driven effects on F2/F3), whereas word-final schwa is more strongly linked to phonological/prosodic conditioning and increases in the carrier-sentence context. Learners diverged most clearly in laryngeal stability and schwa behavior: they inserted schwa more frequently (especially word-finally) and rarely maintained full voicing across both consonants in voiced clusters, with weaker or absent voicing-related effects on adjacent vowels compared to natives.
Overall, the findings argue that many conditioning pressures on SL clusters are shared across native and learner speech, while persistent learner variability reflects the difficulty of acquiring cluster-level timing and voicing coordination under strong L1 phonotactic constraints.
Keywords: Stop-liquid clusters, acoustics, French natives, Chinese learners, onset-coda, repair strategies, phonotactic constraints, schwa.

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