La soutenance aura lieu le 19 Mars 2025 à 14h, au lieu suivant :
Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
Campus Nation – Salle A608 (Bâtiment A – 6ème étage)
8 avenue de Saint Mandé, 75012 Paris
Devant un jury composé de :
- Sophie WAUQUIER, Professeure des universités – Université Paris 8 (examinatrice)
- Yvan ROSE, Professeur des universités – Memorial University of Newfoundland (rapporteur)
- Evgenia MAGOULA, Professeure des universités – National and Kapodistrian University of Athens (rapportrice)
- Letícia ALMEIDA, Professora Auxiliar – Universidade de Lisboa (examinatrice)
- Shigeko SHINOHARA, Chargée de Recherche Hors Classe HDR – CNRS (directrice de thèse)
- Naomi YAMAGUCHI, Maîtresse de Conférences – Université Sorbonne Nouvelle (co-directrice de thèse)
Il sera également possible d’y assister à distance par Zoom, un lien vous sera communiqué ultérieurement. La présentation aura lieu en français.
À l’issue de la soutenance, un pot suivra en salle A609.
———————————-Résumé ——————————————-
Cette thèse explore, à travers une étude semi-longitudinale, l’acquisition phonologique segmentale et syllabique chez des enfants bilingues et monolingues franco-grecs en se concentrant spécifiquement sur l’acquisition des rhotiques /ʁ/ et /ɾ/ et sur les clusters Obstruante + Liquide (OL) en perception et en production.
Des données ont été collectées trois fois tous les six mois auprès de 26 enfants au développement typiques âgés de 2 ;8 à 6 ;2 : huit monolingues francophones, sept monolingues hellénophones, et onze bilingues franco-grecs, dont six vivant en France et cinq en Grèce. Pour examiner précisément l’influence de l’input sur le développement phonologique bilingue, nous avons catégorisé les profils d’input individuels reçu par les onze enfants bilingues de notre étude à partir d’une combinaison de données naturelles sur l’environnement linguistique familial (recueillies avec le dispositif LENA) et des données estimées sur l’environnement linguistique extra-familial (recueillies avec des questionnaires parentaux). Cette méthodologie novatrice a permis de comparer le développement phonologique des bilingues selon le profil d’input reçu (dominant en français, équilibré ou dominant en grec) avec celui des monolingues dans chaque langue.
Nos résultats montrent que les bilingues développent des systèmes phonologiques globalement similaires à ceux des monolingues, avec certaines interactions spécifiques entre les systèmes, liées à la fois au statut bilingue et modulée par le profil de l’input reçu dans chaque langue. Par exemple, tous les enfants acquièrent /ʁ/ avant /ɾ/ mais les bilingues dont l’input est dominant en français montrent un délai important dans l’acquisition de /ɾ/ et des clusters spécifiques au grec comme /ɣɾ/ et /ɣl/ comparés aux monolingues hellénophones et aux bilingues dont l’input est dominant en grec. Ce délai s’accompagne également d’un transfert temporaire où /ɾ/ est substitué par [ʁ] mais uniquement chez les bilingues dont l’input est dominant en français ou équilibré. À l’inverse, les structures syllabiques partagées comme les occlusive + latérale en français, le constituant coda interne ou la structure OL en grec sont acquis plus tôt chez les bilingues que chez les monolingues.
Pour rendre compte de ces interactions, nous proposons un modèle intégratif de l’acquisition phonologique bilingue montrant que le profil de l’input influence principalement l’acquisition des propriétés complexes spécifiques à chaque langue. Ce modèle suggère que l’enfant bilingue recevant un input « non-dominant » dans la langue contenant la propriété complexe pourra acquérir plus tardivement cette propriété comparé à ses pairs monolingues ou bilingues recevant un input dominant dans cette langue, surtout lorsqu’il existe une propriété moins complexe acquise dans l’autre langue.
Cette recherche enrichit les modèles théoriques proposés pour rendre compte de l’acquisition phonologique, en élargissant leur application à des contextes bilingues peu étudiés. Elle clarifie également le rôle de l’input sur l’acquisition bilingue en mettant en évidence une influence limitée aux propriétés spécifiques complexes. Elle souligne ainsi l’importance d’une approche interactive des facteurs internes et externes à la langue dans le développement phonologique bilingue.
———————————-Abstract——————————————-
This dissertation investigates, through a semi-longitudinal study, the segmental and syllabic phonological acquisition in bilingual and monolingual French-Greek children, with a specific focus on the acquisition of the rhotics /ʁ/ and /ɾ/ and Obstruent + Liquid (OL) clusters in both perception and production.
Data were collected three times at six-month intervals from 26 typically developing children aged 2;8 to 6;2: eight monolingual French-speaking children, seven monolingual Greek-speaking children, and eleven bilingual French-Greek children, six living in France and five in Greece. To precisely examine the influence of input on bilingual phonological development, we categorized the input profiles of the eleven bilingual children based on a combination of naturalistic data on their home linguistic environment (collected using the LENA system) and estimated data on their extra-familial linguistic exposure (gathered through parental questionnaires). This innovative methodology allowed us to compare bilingual phonological development according to input profiles (French-dominant, balanced, or Greek-dominant) with that of monolinguals in each language.
Our results show that bilingual children develop phonological systems broadly similar to those of monolinguals, with specific interactions between the two systems influenced both by bilingual status and modulated by the input profile in each language. For instance, all children acquired /ʁ/ before /ɾ/, but bilinguals with a French-dominant input profile exhibited a significant delay in acquiring /ɾ/ and Greek-specific clusters such as /ɣɾ/ and /ɣl/ compared to monolingual Greek-speaking children and bilinguals with a Greek-dominant input profile. This delay was also accompanied by a temporary transfer phenomenon, where /ɾ/ was substituted by [ʁ], but only in bilinguals with a French-dominant or balanced input profile. Conversely, shared syllabic structures, such as plosive + lateral in French, the internal coda constituent or OL structure in Greek, were acquired earlier by bilinguals than by monolinguals.
To account for these interactions, we propose an integrative model of bilingual phonological acquisition, demonstrating that input profiles primarily influence the acquisition of complex properties specific to each language. This model suggests that a bilingual child receiving « non-dominant » input in the language containing the complex property may acquire it later than their monolingual or bilingual peers receiving dominant input in that language, particularly when a less complex equivalent property is acquired in the other language.
This research contributes to theoretical models of phonological acquisition by extending their application to underexplored bilingual contexts. It also clarifies the role of input in bilingual acquisition, highlighting its influence as being limited to language-specific complex properties. Ultimately, this study underscores the importance of an interactive approach to internal and external linguistic factors in bilingual phonological development.


